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TRESSES 2022

Tresses 2022 est une initiative multidisciplinaire, alliant écriture, enregistrements de témoignages sonores, photographie, installations, recherches iconographiques. Ce travail de recherche et de création, s’inscrit dans la continuité et l’approfondissement, de ma récente création « Tresses/Montréal », 

réalisée au cours d’une résidence d’un mois du 15 novembre au 15 décembre 2020, au Centre des Arts de La Maison d’Haïti, situé dans le quartier Saint-Michel, à Montréal. 


A cette occasion, une performance était réalisée derrière une baie vitrée, face à la rue, au cours de laquelle, 255 mètres linéaires de cheveux artificiels ont été tressés. La finalité a donné lieu à une sculpture de 5 mètres de haut, réalisée à partir de la technique du tressage des nattes de cheveux synthétiques importés de Chine. Ces cheveux artificiels, matière première servant à l’élaboration des coiffures africaines, à partir de la tradition du tressage des nattes, sont aussi des marqueurs de la présence d’une communauté africaine et afro descendante, dans les centres urbains de la planète. 

Le tressage des nattes renvoie à un rituel de cohésion du groupe social, par la coiffure, nécessitant de longues heures de travail et consolidant les liens intergénérationnels des femmes.

 

Il s’agit également d’assembler des éléments de compréhension sur les aspect économiques, commerciaux, sociologiques liés à la globalisation du phénomène de mode, incarné par les cheveux synthétiques et l’activité de tressage.

 

Il fait écho aux performances de l’artiste franco-haïtienne Elodie Barthélémy

 

Tresses, rend également hommage au travail sur le corps féminin, caribéen, de la plasticienne cubaine, Ana Mandieta qui à travers ses performances, en a souligné les enjeux politiques et identitaires.

 

Ce travail propose un nouveau regard, sur une tradition millénaire, rarement valorisée dans le champ des arts visuels, tout comme dans celui de la théorie et histoire de l’art. 

 

Il s’agit d’une contribution au questionnement actuel, sur une conception de l’art hégémonique, eurocentrique, héritée de la renaissance italienne. Cette vision parcellaire et discriminante du beau, du bien et du bon, a écarté les pratiques populaires, celles relevant du quotidien ordinaire, du travail des femmes, tout comme celui des peuples indigènes et/ou colonisés. 

 

La théorie et l’histoire de l’art, telle qu’elle est enseignée dans les universités du Nord, s'est concentrée sur l’explication des objets finis, porteur d’une valeur marchande certifiable et négociable. Elle a fait peu ou prou, place aux processus créatifs, rituels, pratiques, gestuelles et surtout éphémères, tels que le tressage. 

 

A travers ce projet, il s’agit d’explorer les dimensions esthétiques, sociologiques et historiques de la tresse. Le cheveux crépu,  son instrumentalisation à travers l'histoire coloniale, post-coloniale,  s'ils ne constituent pas l'objet principal de notre réflexion, n'en est pas moins un des axes sous-jacents, évoqués de manière récurrente à travers les témoignages de vingt femmes montréalaises qui ont volontairement collaboré à notre projet. Ce blog présente les résultats des recherches bibliographiques, iconographiques, complétées par les interviews des participantes.

 

Dans ma pratique artistique, j'utilise l'action de tresser pour la qualité esthétique du vocabulaire gestuel qui lui est propre. De plus, la fibre synthétique des cheveux artificiels, m'offre des possibilités infinies de combinaisons chromatiques, de textures associée à une diversité d' accessoires capillaires, rubans, perles, barrettes  que j'exploite dans mes créations permanentes ou éphémères. La vidéo et la photographie s'y ajoutant, la tresse objet fini,  se métamorphose indéfiniment.

 

Sur le plan de l'expérience personnelle, la tresse est d'abord, mon lien avec ma mère et mon enfance haïtienne. Ce rituel avait lieu deux fois par jour, matin et soir et durait plus d'une demie heure. Adulte, j'ai porté des tresses à deux reprises. C'est une source d'inspiration.

 

Barbara Prezeau Stephenson

 

Membre de l’AICA SC 

 

14/08/2022

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